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LISIÈRES

VINCENT CHEVILLON

  • Exposition

19.05 - 01.08.2021

  • Strasbourg

Lisières, 2019 © Vincent Chevillon

OUVERTURE SOUS RÉSERVE DE L’ÉVOLUTION DES MESURES SANITAIRES

ENTRÉE LIBRE
MERCREDI – DIMANCHE
14H – 18H30

COMMUNIQUÉ DE PRESSE

Ressource

Table archipels.org :
“Lisière [Les peuples de l’Ombre]”

Exposition coproduite par Stimultania, le Collège des Bernardins, la Région et la DRAC Grand Est en collaboration avec Pétrole Éditions.

Chercheur attentif et soucieux, Vincent Chevillon suit les traces des animaux et consigne ses pensées dans des prises de vue tirées au cordeau.

Chaque détail révélé par l’image photographique pourrait lui apporter une réponse et permettre l’avancée d’une enquête infinie… Ses expositions sont autant de pistes explorées méticuleusement pendant des années : l’artiste organise chaque pièce de son œuvre comme une porte des enfers, un génial maelstrom de troncs, de pierres, d’os et de plumes, au creux duquel règne un équilibre flottant.

Qu’il voyage en catamaran ou dans les réserves des musées, Vincent Chevillon trace d’adroites lignes des vents entre les Canaries, la mer Baltique, le rocher du Diamant ou les réserves de chasse du Duc du Luxembourg. Il s’intéresse à tout, de la dentition des cachalots, qui n’ont qu’une vingtaine de dents sur la mâchoire inférieure et qui avalent tout rond les calmars, à l’arthrose des éléphants d’Asie, enfermés dans des cages

contraignant le développement de leur colonne vertébrale. Il lit Giono, Tournier, Goethe, Haraway, Ingold et Glissant.

Ah ! mémoire rocailleuse insurge-toi en taillis. / Chaque buisson de mémoire cache un tireur. / Sur nos têtes le battement du moulin / Dans nos nuits toussent les boucans / L’homme a beau faire le cri prend racines. *

Pour lui, « les mots qui sont dits ont une incidence sur le monde ». Dans l’espace, son œuvre se déploie ; les pièces monumentales, superbes réalisations d’un artiste-artisan, montées en polyptyques, débitées, scandent la pesanteur des mots. Et les oiseaux semblent tomber du ciel…

Céline Duval

* Édouard Glissant, « Le sang rivé », éditions Présence Africaine, 2012

Le silence d’un monde (Lisières), 2019 © Vincent Chevillon
Lisières, 2019 ©Vincent Chevillon

“Il semblerait que notre monde ne puisse plus contenir nos rêves expansionnistes et progressistes. Des troubles inquiétants agitent notre biosphère et nous engagent à de nouvelles responsabilités citoyennes, nous incitent à repenser à une échelle plus vaste notre histoire anthropocentrée avec celle d’autres êtres.

Nos musées, nos espaces naturels reflètent aujourd’hui sinistrement les mots de Descartes, que l’homme se rende un jour « comme maître et possesseur de la nature ». Cet héritage colonial, tant vis à vis des territoires que de ce qui les composent (ou de ceux qui les composaient), nous oblige à reconsidérer notre usage du monde.”

Vincent Chevillon

Heart of darkness (Lisières), 2018 © Vincent Chevillon

Les muséums ressemblent à de curieuses arches renversées où reposent des restes naturalisés, parfois dernières présences matérielles d’espèces, d’environnements disparus. Par ailleurs, les espaces « naturels » qui abritaient ces êtres semblent aujourd’hui désormais désertés…

Un sentiment de vase communicant se dessine par ce curieux rapprochement. La conservation de ces collections et de ces espaces soulève de nombreuses problématiques – parfois embarrassantes, au premier comme au second degré – et crée des situations paradoxales mêlant vie et mort, conservation et extinction, emmêlant le rationnel à l’irrationnel, le civilisé au primitif, le moderne au prémoderne, le scientifique au romantique.

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Vincent Chevillon développe une recherche au long cours qui l’amène depuis plusieurs années à réétudier et réévaluer certains fondements de notre société moderne à savoir l’invention d’une séparation franche et théorique entre culture et nature, d’un monde sans limite à conquérir et à domestiquer.

Par un va-et-vient entre des actualités spécifiques et leurs inscriptions dans des systèmes géographiques, historiques et culturels plus obscurs, ses recherches œuvrent à la cohabitation de formes, d’attitudes et de savoirs au sein de cosmogonies croisées.

Sa pratique tend à rendre manifestes des états de surface, des agencements, prononce ce qui, à l’abri des regards, agite secrètement le monde. Ses champs de recherche explorent les marges de notre modernité. Il s’interroge sur notre relation à l’ailleurs par le biais de ces marges, à ce qu’elles limitent et prononcent de part et d’autre.

Dans Lisières, en exhumant des traces dans les réserves des muséums d’histoire naturelle belges etfrançais ainsi que dans des environnements dits naturels et protégés (parc régionaux et nationaux), l’auteur se livre à une entreprise d’enquête et de révélation/réévaluation. Il pointe la capacité qu’a l’image à faire émerger ou à recouvrir, à conditionner notre regard sur la nature.
Paradoxalement, ce projet tente, par l’image, d’activer l’inanimé et attire des présences oubliées dans des espaces délaissés.

« En 2013, j’entame, lors d’un périple sur les bordures de l’Océan Atlantique, un projet photographique que j’intitule Lisières.
Une lisière est une limite entre deux milieux. Les expériences de voyage ainsi que les différents projets menés au long cours m’ont sensibilisé à l’exubérante fragilité des mondes qui nous environnent. Lisières aborde une esthétique de la réconciliation : réconciliation entre la nature et la culture, entre le domestique et le sauvage, le folklore et les sciences naturelles, les vivants et les morts, l’ombre et le visible, la mémoire et l’à venir. »

Vincent Chevillon

Tout Monde (Lisières), 2013 © Vincent Chevillon
Dead stars (Lisières), 2019 © Vincent Chevillon

Initialement formé aux Sciences de la Terre, Vincent Chevillon a grandi en outremer (Martinique, île de la Réunion). Il complète sa formation par des études en Art, rejoint en 2010 le post-diplôme des Beaux-arts de Paris, puis le programme expérimental SPEAP (Art-Science et Société) de Bruno Latour à Science-Po Paris en 2017-2018. Depuis 2014, il enseigne l’Espace et le Volume à La Haute École des Arts du Rhin (HEAR) à Strasbourg.

Ses recherches convoquent différents champs d’études, navigant de l’anthropologie, la géophysique à l’iconologie. Il développe des dispositifs généralement évolutifs à partir d’éléments récoltés ou façonnés, des images, des récits qui se formalisent sous forme d’installations, d’éditions, d’œuvres numériques ou d’objets. Un premier ensemble de cette recherche (Spermwhaler’s dream) a été exposé en 2011 dans un module de la Fondation Pierre Bergé – Yves Saint Laurent au Palais de Tokyo. En 2013, il entreprend une étude de terrain à bord d’un voilier lors d’une itinérance de 7 mois en mer de part et d’autre de l’Océan Atlantique. Cette enquête, SEMES, a reçu le soutien du FNAGP et de la DRAC Grand Est et a été exposée au printemps 2016 à l’Espace Khiasma. Il développe depuis 2013 une plateforme encyclopédique participative intitulée archipels.org avec différentes structures (FNAGP, SCAM, Espace Khiasma, Dicream, SPEAP).