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L’image latente ou l’attente de l’image

Bob Fleck

  • Exposition

09.06 - 27.08.2017

  • Strasbourg

1674
Pour Monsieur Mégot Fleck, carte postale © Bob Fleck, 1979

ENTRÉE LIBRE
MERCREDI – DIMANCHE
14H – 18H30

COMMUNIQUÉ DE PRESSE

Soutiens : DRAC Grand Est, Ville de Strasbourg

Pour ses 30 ans d’existence, Stimultania donne carte blanche à son fondateur, Bob Fleck. Énigmatique, osée, éphémère, l’exposition L’image latente ou l’attente de l’image fait la part belle aux réflexions sur les mécanismes contradictoires de l’acte photographique.

« Latence attente de l’image beauté du geste photographique.
Image miroir caché(e).
En face, l’autre geste…
et son apparition-disparition. »
Bob Fleck

Bob Fleck, membre fondateur de Stimultania, questionne directement l’acte photographique et son support. Sa pratique est tournée autour d’une action : la disparition. L’ensemble de sa production est intimement liée aux épreuves de sa vie. Animé par ce désir de créer, Bob préfère les images floues, confuses, altérées où seul le spectateur tend à s’évader d’une réalité.

L’artiste nous dévoile un travail toujours en cours de réflexion où le public est invité à pénétrer dans ce lieu si singulier qu’est l’atelier. Dans l’espace d’exposition de Stimultania, Bob Fleck investit chaque parcelle de mur et chaque recoin bétonné.

Autodidacte, le personnage Bob Fleck serait certainement plus proche du performeur que du photographe. La création de Photo Mégot, au 14 rue Sainte-Hélène en 1974 à Strasbourg, transgresse la « normalité » d’un studio photo en proposant une approche expérimentale de la prise de vue. Le parcours et la production de Bob interpellent sans cesse par leur richesse plastique et expérimentale.

L’acte photographique chez Bob est une expérience : celle du monde qui l’entoure, des êtres aimés et d’un territoire. »

[Extraits de la feuille de salle]


Fondé dans le substrat alsacien, élevé suivant les canons d’une famille commerçante et colmarienne puis grognard des années 68, Bob Fleck est philosophe et poète. La photo couvre depuis longtemps ses pérégrinations multiples. Parce que sa vocation intime – le cinéma – a certainement manqué d’étayage (c’est dommage car il y a l’âme d’un Jacques Tati en Bob !), il adopte l’École d’architecture des Beaux-arts de Strasbourg et sa fanfare. Bien que malentendant à cause d’une lointaine maladie infantile, il y devient un clarinettiste virtuose et entretient depuis des liens privilégiés avec les anciens musiciens devenus tous d’éminents architectes.

Durant ces années estudiantines, l’objectif se substitue progressivement à la pointe sèche des épures, au lavis et au fusain : ses confrères deviennent ses premiers modèles et la ville – qu’il plonge dans l’ombre, le mystère et la volupté – son premier sujet. Il conserve de ces études un incommensurable amour du bricolage et une merveilleuse aptitude à transformer la matière. Grâce au salaire de son premier – et dernier – job d’architecte en agence dans la vallée de Villé, il achète un Asahi Pentax Spotmatic avec l’objectif Zeiss, au nom prédestiné de Flektogon 2,8x28mm. Muni de cet appareil il part à Londres et réalise sa première exposition avec les images rapportées de ce voyage dans son appartement Place Saint Nicolas des Ondes. Il se consacre alors entièrement à sa passion – la photo – et, de façon plus large, à tous les arts de l’image.

Adepte des romans de science-fiction qui dénoncent par l’absurde l’ignominie d’un présent, il est nostalgique de la beauté perdue du passé qu’il caresse dans de vieux objets. Des spécimens rares de caméras et appareils pictographiques, riches de toute la mémoire de leurs ombres projetées, peuplent peu à peu les greniers où il établit ses ateliers successifs. Projection ou réminiscence aident l’artiste, en quête d’absolu, à transformer le réel. Bob met ses talents au service de la culture régionale, illustre des plaquettes sur l’architecture, la vie artistique strasbourgeoise et les expositions d’art alternatif 12 – et populaire.

D’autres émules viennent alors fréquenter son laboratoire d’images sous les toits et créent avec lui l’association Stimultania qui s’épanouira rue Sainte-Hélène dans d’anciens bâtiments industriels et accueillera de nombreuses manifestations artistiques et festives. Cette friche urbaine subit, comme bien d’autres en centre-ville, les affres de la spéculation immobilière ; l’association déménage. « À quelque chose malheur est bon ». C’est au rez-de-chaussée de la Maison de l’image, rue Kageneck, que l’association trouve presque naturellement sa place, non loin de l’école d’architecture où Bob troque à présent son expérience et ses conseils aux étudiants.

Chasseur d’images aux aguets, Bob ne convoite pas tant les prises prestigieuses, mais fait surgir l’inédit dans la banalité, transforme en icônes d’humbles visages, capte l’aura d’un profil enfantin ou la beauté sourde de la rue qui s’éveille au matin, saisit un feu céleste qui éclaire des ouvriers béatifiés lors d’une réunion de chantier. Comme dans un rituel funéraire, il voile de brume une âme chère, embaume de rose et de violette un portrait, fige dans un mausolée de glace un visage. Arrêt sur image. Bob engrange ce qui a déjà disparu, laisse à réfléchir sur le sens de cette course perdue d’avance avec le temps. Ses photos, comme les astres, sont des images visibles et rayonnantes de microcosmes ou d’anges évanouis. Cet artiste haut perché sillonne l’espace à petits pas légers, semant derrière lui, dans la profonde forêt humaine, ses petits cailloux de lumière. »

Claire-Marie Brolly, Yaoundé, mai 2017