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Les interstices

Frédéric Stucin

  • Exposition

20.01 - 15.04.2023

  • Strasbourg

Nicolas Nivau Centre Hospitalier de Niort, pôle psychiatrie Niort, le 6 janvier 2021 ©Frédéric STUCIN

ENTRÉE LIBRE

DU MERCREDI AU SAMEDI

14H – 18H30

DOSSIER DE PRESSE

L’exposition et le livre de photographies de Frédéric Stucin, Les Interstices, accompagnés d’un texte d’Ondine Millot, ont pu voir le jour grâce au dispositif Capsule du ministère de la Culture.

Projet soutenu par la DRAC Nouvelle-Aquitaine, l’Agence Régionale de Santé de la Nouvelle-Aquitaine dans le cadre de l’appel à projet Culture et Santé, le Centre hospitalier de Niort, l’association PEPPSY (Prêts et Externalisation pour la PSYchiatrie), la Radio Pinpon et Stimultania Pôle de photographie.

Projet initié et piloté par la Villa Pérochon avec l’étroit partenariat et la co-construction du service psychiatrique de l’hôpital de Niort : La P’tite Cafète.

Pendant un an, le photographe Frédéric Stucin s’est installé dans la cafétéria accolée au service psychiatrique de l’hôpital de Niort pour y observer les « interstices », photographiant patients et soignants : en résulte un doux ensemble de quatre-vingt-deux photographies sur ces lieux de soin souvent stigmatisés.

Si les mots manquent, pourquoi ne pas inventer un peu ? Frédéric Stucin avait décidé de passer le check-point deux années auparavant. Il ne sait plus si le taxi n’avait pas voulu s’aventurer en zone 3 ou s’il avait lui-même choisi de faire, chaque mois, les derniers mètres à pied. Zem souhaitait quitter le dôme climatique et le peuple indifférent ; pour Frédéric il s’agissait peut-être simplement de rencontrer d’autres, qui pouvaient aussi être les siens. Il avait répondu à l’étrange défi de la Villa Pérochon. Avait été désigné par les usagers d’une cafète. Le bar et les gens lui étaient rapidement devenus familiers. Ils étaient voisins après tout et les habitants de la zone 3 étaient libres d’aller et venir. De parler (même si parfois les mots manquent). Je sens parfois que je me débats avec une partie de mon cerveau qui me ramène sans cesse une musique qui me dérange. Entrons donc à sa suite dans ces décors gris – où seul Jacques Tati aurait pu faire une pirouette. Je sens que l’on aimerait voir dans le noir comme les chats.

Approchons de ces visages familiers. Je sens par moments que je pourrais tomber. Tomber d’une chute que je n’aurais encore jamais faite. Je me demande si je pourrais m’en relever. Pour les autres chutes, je sais. Approchons encore. Asseyons-nous au bar. Goûtons au sirop au kiwi, caramel ou orgeat pendant que Ondine Millot nous raconte Vanceslas, les yeux de Jean-Luc, Sarah, l’Autriche, le Bic bleu d’Auguste, le champion de fléchettes et le brushing de Colette. Les bateaux aux Antilles, les cafés serrés. Je sens ça encore mieux si je ferme les yeux. La zone 3 est grise, certes, mais le gris est chaud comme celui des abeilles. Au milieu de l’exposition, nous sommes nous aussi dans un interstice. Nous comprenons tout. Frédéric Stucin a pu s’y sentir bien ; peut-être avait-il aussi des yeux de chat. Je sens qu’on est parfois déçu de n’être pas un chat.

Céline Duval
Les citations sont extraites de Je sens d’Ito Naga, chez Cheyne éditeur

Automne 2020. Frédéric Stucin, photographe, pousse la porte de la P’tite Cafète, à Niort. Accolé au pôle psychiatrie de l’hôpital, l’endroit est un lieu de soin où les patients qui le souhaitent viennent passer un moment, boire un verre, manger une glace, suivre un match à la télé, discuter entre eux ou avec les soignants. Une semaine par mois, le photographe va leur proposer de créer, ensemble, de « vrais portraits rêvés ». Une photographie qui les raconte, qui dit ce que l’on a envie de dire de soi, à ce moment-là. Le pari de ce projet est que le regard extérieur ne soit plus un empêchement, mais au contraire l’occasion d’un partage. Que les patients donnent à voir au lieu d’être regardés.

Les interstices est le fruit de cette immersion, organisée à l’initiative de la Villa Pérochon, centre d’art contemporain photographique situé à Niort, et de l’un des services psychiatriques de l’hôpital. Entre les portraits s’intercalent des vues des lieux – P’tite Cafète et unité psychiatrique dans son ensemble – ainsi que d’étonnantes photographies d’archives retrouvées dans les cartons du service.

  • Vue de l'exposition © Frédéric Stucin
  • © Marc Meineau

Frédéric Stucin est photographe depuis 2002. Il collabore avec de nombreux médias et institutions et poursuit un travail artistique personnel, qui mêle imaginaire et réel. Son dernier ouvrage, La Source (Maison CF, 2021) est une exploration des berges de la Seine au premier déconfinement. Endorphine (Filigranes, 2021) embarque au cœur d’entraînements sportifs clandestins, pendant la crise sanitaire. Only Bleeding (Éditions du Bec en l’air, 2019), est le récit en images d’une errance poétique dans les rues de Las Vegas. Ses photographies ont fait l’objet de plusieurs expositions, notamment avec le musée Nicéphore Niépce de Chalon-sur-Saône, au Hangar Photo Art Center à Bruxelles, à la Villa Pérochon à Niort, à la galerie Vu’ à Paris.

Sa série “Les Interstices” est publiée aux Editions Filigranes.

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