VERNISSAGE : Vendredi 9 octobre à 18h
ENTRÉE LIBRE du mercredi au samedi, de 14h à 18h30.
Commissaires d’exposition : Michel Poivert & Evelyne Cohen
Avec les artistes : Sylvie Bonnot, Véronique Bourgoin, Arina Essipowitsch, Yanis Houssen, Sara Imloul, Marie Hazard, Laurent Lafolie, Hanako Murakami, Raphaëlle Peria, Catherine Poncin, Mathieu Roquigny, Laure Tiberghien et Dune Varela
En partenariat avec le Collège International de la Photographie. Avec le soutien du ministère de la Culture – Direction régionale des affaires culturelles du Grand Est, la Région Grand Est et la Ville de Strasbourg.
Circulation de l’exposition :
Hiver 2025 : Centre Tignous, Montreuil
Printemps 2026 : Hôtel Fontfreyde, Clermont-Ferrand
Automne-hiver 2026 : Stimultania, Strasbourg
Printemps 2027 : Lux, Valence
Nos sincères remerciements vont à la galerie le Hangar, la galerie Hopstreet, la galerie Jean Kenta Gauthier, la galerie Papillon, ainsi qu’à l’ensemble des artistes pour leur engagement et leur confiance.
La photographie après l’image
Par Evelyne Cohen et Michel Poivert
À partir des travaux de treize artistes contemporains, l’exposition NEO-ANALOG se présente comme le manifeste d’un courant international qui marque l’une des étapes les plus récentes de la photographie contemporaine. Depuis les années 2010, certains photographes inscrits dans le champ de l’art contemporain se détournent de la création d’image pour explorer la matérialité de la photographie. Les fondamentaux – lumière, temps, substances photosensibles, tangibilité des supports, etc. – se présentent comme un vocabulaire alternatif au regard des technologies avancées. Propositions « contre-culturelles », parce qu’étrangères au mainstream des images des médias, les photographies affirment les potentialités de l’analogique, soit toute expérimentation en prise direct – en contact – avec le réel. Il n’est plus question de « regard sur », mais d’activation de processus où la physique et la chimie des matériaux déploient de nouveaux possibles. Souvent inscrits dans une forte sensibilité écosophique, les photographes néo-analogues militent aussi pour des pratiques explorant la nature aux côtés des savants, et visent une poésie de l’anthropocène : dans un monde abîmé, la photographie ne sert plus seulement à voir, mais à ressentir et comprendre. L’analogique n’est plus alors une question technique, mais un changement de paradigme culturel : la mise en contact du photographe avec le monde passe par la reconnaissance des valeurs de l’expérience. Dévaluée depuis le développement des médias, l’expérience revient en force à travers la culture analogique et constitue un équilibre avec nos existences numériques. La photographie néo-analogue revisite l’histoire du médium en réactivant des procédés. Elle invente de nouvelles situations techniques, elle échappe à sa condition d’image : entre installation, sculpture, gravure, peinture ou vidéo, la photographie s’est élargie en régénérant les fondamentaux de son médium. La révolution numérique semblait avoir condamné la photographie à devenir une image comme les autres. Une génération plus tard, elle s’est réinventée en affirmant des valeurs que l’on trouve dans nombre d’autres domaines, comme la musique, les jeux, le film ou bien encore l’urbanisme. Le néo-analogue institue une culture matérielle et philosophique qui permet de restaurer l’idée de réel dans un contexte de crise de la vérité.




1. La mare verte, 2025, grattage photographique, 114×76 cm © Raphaëlle Péria / Courtesy Galerie Papillon | 2. Sculptures, 2024, impressions sur marbre, dimensions variables © Dune Varela | 3. La vague, de la série «Passages de l’Ombre aux Images», 2015-2018, technique mixte, tirage argentique réalisé à partir d’un calotype, rehaussé à l’encre, graphite et ferricyanure de potassium.© Sara Imloul | 4. Sans titre, 2025, installation, tirages laser contrecollés sur placo hydrofuge, résine époxy, dimensions variables © Mathieu Roquigny
Les artistes
Sylvie Bonnot
Tout commence par une photographie prise en forêt, en Guyane. Puis vient le geste, singulier : Sylvie Bonnot détache à la main la pellicule de gélatine argentique – cette peau fragile de l’image – pour la tendre sur une structure en bois qu’elle a fabriquée. Ce processus, qu’elle nomme mue, donne à l’image une nouvelle matérialité. Le volume devient un terrain d’accueil mouvant, où la surface se déploie, se tord, résiste. La matière oppose sa souplesse. La gélatine plie, se froisse, se déchire parfois. Il faut de la rigueur, de la force, une concentration presque chorégraphique pour faire tenir l’image en suspension. C’est là que naît le drapé : non comme un effet, mais comme la trace directe du geste, du contact entre l’image et son support. On ne regarde pas seulement une photographie : on perçoit son déplacement, sa tension, sa métamorphose. Sylvie Bonnot vit entre Paris et la Bourgogne. Diplômée de l’École nationale supérieure d’art de Dijon, elle expose régulièrement en France et à l’international. Son travail est présent dans plusieurs collections publiques, dont la Bibliothèque nationale de France et le CNES.
Véronique Bourgoin
Chez Véronique Bourgoin, la photographie se pense autant qu’elle se voit. Artiste aux multiples médiums – photographie, peinture, céramique, vidéo, installations –, elle explore depuis plusieurs décennies les seuils entre réalité et imaginaire, entre vision et matière. Son travail interroge ces espaces où l’ordinaire peut soudain devenir spectaculaire ; où la lumière, la chimie et la perception se mêlent pour créer des révélations inattendues. Ses accrochages sont souvent pensés comme des partitions visuelles : chaque œuvre est une note, chaque intervalle un silence. Elle explore la frontière entre abstraction et figuration, jouant de surfaces sombres, de blancs lumineux, de contrastes parfois radicaux qui rappellent une forme de minimalisme, sans jamais se couper de la sensibilité. Véronique Bourgoin multiplie les projets collectifs, cherchant à créer des espaces d’expérimentation et de dialogue. Son engagement dans la pédagogie, la transmission et la création partagée nourrit son regard sur l’image comme outil de connaissance et de rencontre. L’accrochage qu’elle présente s’organise comme un espace rythmé où chaque élément dialogue avec l’autre, dans un jeu de tension et de respiration. Ses images, souvent réduites à des formes simples, dégagent une force silencieuse, un souffle poétique qui offre au spectateur l’espace pour projeter ses propres sensations. Véronique Bourgoin vit et travaille à Montreuil. Elle expose régulièrement en France et à l’international, tout en poursuivant son engagement constant dans la transmission et les projets collectifs autour de la photographie contemporaine.
Arina Essipowitsch
Dans l’atelier d’Arina Essipowitsch, les images ne restent pas à plat. Elles sont découpées, cousues, pliées, tendues, portées à même le corps. À partir de ses propres photographies – souvent prises dans des intérieurs promis à l’effacement –, elle fabrique des « robes » : des pièces textiles à activer, à porter, à replier, à suspendre. Des surfaces photographiques devenues mobiles, où l’on peut littéralement entrer – habiter l’image, se couvrir d’un fragment d’espace disparu. Il ne s’agit pas de costumes, mais de formes d’images à porter, à déplacer, à reconfigurer, conçues pour circuler entre le corps, l’espace et le regard. Le tissu rigide maintient une distance entre l’image et la peau, creusant un volume habitable – une sorte de paroi souple, entre protection et mémoire. Lorsqu’elles sont portées ou déployées, ces « robes » évoquent tour à tour un paravent, une tente, une ruine transformée en abri. Et quand l’artiste entre dans ce dispositif, quelque chose d’étrangement précis se met en place : l’image se compose, se décompose et se recompose avec une fluidité qui tient du rituel. Chaque geste est nécessaire, juste, silencieusement chorégraphié. Le regard ne se détache pas. Il y a dans ces performances une forme d’évidence hypnotique – une poésie mathématique du pli, du volume, du déploiement. L’image se laisse lire autant qu’habiter. Les six robes présentées ici ont été réalisées à partir de photographies imprimées sur toile, puis cousues, incisées et repliées selon un protocole mis au point par l’artiste, et transmis lors d’un atelier participatif. Ce sont des images vivantes, conçues pour traverser les corps et les lieux. Née à Minsk, Arina Essipowitsch vit et travaille en France. Photographe et artiste visuelle, elle développe une recherche où se croisent image, architecture, performativité et mémoire.
Marie Hazard
Dans son atelier parisien, Marie Hazard tisse ses images à même la matière. Chaque œuvre naît au contact du métier à tisser, dans un va-et-vient constant entre le corps, l’outil et le fil. Le tissage demande force, patience et régularité, qu’elle aborde avec une concentration méditative. Sa manière de faire est à la fois physique et mesurée, instinctive et construite. Elle utilise des matériaux simples – fils de papier, polyester recyclé, lin ou coton – sur lesquels elle imprime ses propres photographies. Des images discrètes, prises au fil du quotidien ou des voyages. Une fois entrées dans la trame, elles acquièrent une densité vibrante, presque tactile. Le tissu devient un espace actif de mémoire et de transformation. Cette exposition est l’occasion pour Marie Hazard de présenter des œuvres imprimées recto verso. Sinthian (2025) mêle tissage manuel et impression numérique sur les deux faces d’un textile de papier et polyester recyclé. Dans Self portrait 2024, my hands, my faces, Marie Hazard fait du tissage un geste vital, une manière d’écrire sa vie au moment où ses racines vacillent. Photographiée dans l’urgence, puis intégrée au tissage, l’image devient un langage sans mots ; celui des mains, des visages et d’un instant lumineux. Diplômée de Central Saint Martins (Londres), elle vit et travaille en France. Son œuvre explore les liens entre textile, image et narration, dans une pratique à la fois rigoureuse et poétique.
Yanis Houssen
Chez Yanis Houssen, la photographie est une affaire de matière, de recherches et d’expérimentations sans cesse recommencées. Formé à la physique et à la chimie, il s’est tourné vers l’image, qu’il aborde comme un terrain d’exploration où rigueur scientifique et intuition créative s’entrelacent. Depuis plusieurs années, il affine sans cesse la technique du transfert carbone, un procédé photographique complexe et rare. Sous ses mains, l’image se construit en couches de pigments, révélant un relief sensible, tactile, où la lumière accroche des microreliefs comme une écriture secrète. Chaque œuvre est le fruit d’un long processus artisanal, où Yanis Houssen fabrique lui-même ses outils, ses machines, ses protocoles. Son travail se dévoile ici à travers une série consacrée à l’architecture et à la ville. Bâtiments, rues et façades apparaissent sur ses tirages comme des paysages à la fois solides et fragiles. La surface photographique semble parfois se décoller, se fissurer en voiles ou en miettes, dévoilant la matière même de l’image. Dans son atelier, il est autant ingénieur que photographe : un inventeur discret et curieux de chaque détail, prêt à tout reconstruire pour mieux comprendre et maîtriser la matière. Ses tirages semblent osciller entre maîtrise technique et poésie tactile, offrant au regard autant qu’au toucher une expérience singulière. Ses œuvres invitent à un rapport physique à l’image, où la photographie s’explore du bout des doigts. Yanis Houssen vit et travaille à Montreuil.
Sara Imloul
Pour Sara Imloul, chaque image est un rituel patient. Depuis 2008, elle explore les possibilités du calotype, procédé historique conçu à partir de négatif papier qui permet d’obtenir des tirages uniques. Elle développe chaque image à la main, parfois enrichie de collages, de rehauts chimiques ou de dessins, lui conférant la présence discrète d’un objet intime. Ses photographies sont autant de tableaux intérieurs : silhouettes masquées, gestes suspendus, décors réduits. Tout est soigneusement mis en scène, retenu, dans un équilibre troublant entre la rigueur du cadre et l’échappée du rêve. Ses images racontent sans tout dire, convoquant la mémoire, le conte, l’attente ou le cauchemar. Le noir et blanc, à la fois précis et vaporeux, y est proche du murmure. Sara Imloul compose un mur d’images issues de plusieurs séries, rassemblées comme les fragments d’un journal visuel. Chaque photographie y tient lieu de seuil – un espace entre apparition et disparition, où le regard hésite. Née en 1986, Sara Imloul vit et travaille à Montreuil. En 2024, elle a été sélectionnée par Sarah Moon dans le cadre du Grand Prix de l’Académie des beaux-arts de Paris, section Photographie – une reconnaissance qui fait écho aux résonances sensibles entre leurs deux univers.
Laurent Lafolie
Dans les installations de Laurent Lafolie, des portraits flottent dans l’espace, imprimés sur de fins voiles translucides. La lumière les traverse, les fait apparaître ou disparaître, tandis que le moindre souffle d’air anime leur surface. Chaque exposition est pensée in situ, transformant l’image photographique en un espace mouvant et sensible, où le spectateur devient acteur, invité à réinventer sans cesse l’image au gré de ses déplacements et de ses points de vue. L’œuvre se joue ainsi du visible et de l’invisible, du proche et du lointain, et place la photographie au seuil de la visibilité. Laurent Lafolie développe une œuvre profondément ancrée dans la matérialité de la photographie, qu’il aborde comme un objet à part entière. Ses portraits, façonnés par des gestes délicats, explorent les notions d’identité, d’intime et de dualité. Ses installations proposent ainsi un jeu de lectures multiples, où chaque regard découvre une autre image, un autre récit. Laurent Lafolie investit l’espace avec un ensemble d’œuvres issues de Missingu, un projet au long cours qu’il mène depuis 2010. Dans ce cadre, il a collaboré en 2023 avec Emmaüs, réalisant les portraits de personnes accompagnées par l’association. L’exposition devient ainsi un espace de reconnaissance : les personnes photographiées sont invitées à venir se découvrir sur place, où leur présence s’inscrit dans le regard du public.
Laurent Lafolie vit et travaille en France. Son travail a été présenté en France et à l’international dans le cadre de nombreuses expositions et biennales, affirmant l’ampleur et la circulation de ses installations dans des contextes variés.
Hanako Murakami
Depuis près de vingt ans, Hanako Murakami mène une recherche plastique et conceptuelle sur les origines de la photographie. Elle explore des techniques anciennes, des procédés abandonnés, des supports éphémères, qu’elle réactive sans nostalgie, dans une démarche profondément expérimentale. Elle s’attarde sur les échecs techniques, les inventions tombées dans l’oubli parce qu’elles n’étaient pas rentables – comme si elle redonnait vie à une histoire parallèle de l’image, invisible, discontinue. Sa pratique est traversée d’érudition, de poésie et de secret. Ses gestes restent volontairement discrets, opérés dans un espace privé, presque invisibles. L’image chez elle ne se donne jamais immédiatement : c’est une énigme sensible, un vestige spéculatif, un fragment de fiction imprimé dans la matière. Pour cette exposition, Hanako Murakami présente un ensemble de thermographies. Ces images, révélées par la chaleur sur une surface photosensible, évoquent des formes végétales suspendues, comme en apesanteur. Ce sont des apparitions plutôt que des photographies, des empreintes fragiles où la lumière semble tâtonner, cherchant une forme possible. Formée à la littérature et aux beaux-arts, Hanako Murakami vit entre Paris et Tokyo. Elle construit une œuvre rare, ancrée dans l’histoire technique des images, toujours ouverte à la nuance, à la métamorphose et à la poésie.
Raphaëlle Peria
Raphaëlle Peria travaille la photographie comme une matière à tailler. Dans son atelier, elle s’entoure de petites lames, de gouges fines, d’outils d’ébéniste ou d’instruments délicats. À partir de ses propres photographies de paysages – forêts, plans d’eau, végétation dense –, elle gratte la surface du tirage, ligne après ligne, pour en soulever la couche supérieure. Ce geste minutieux, presque chirurgical, n’est ni une retouche ni un ornement : c’est une opération de retrait qui recompose le paysage à même sa peau.
Là où elle enlève la matière photosensible, c’est la blancheur du papier qui réapparaît, dessinant des réseaux de fines stries, presque comme une dentelle ou une broderie lumineuse. Les paysages se transforment : feuillages, reflets d’eau ou roches semblent flotter dans un espace plus vaste, comme dégagés de leur contexte. L’image oscille entre précision réaliste et abstraction délicate. Ce geste révèle à la fois la structure intime du paysage et la lumière qui l’anime. Raphaëlle Peria vit et travaille en France. Lauréate du prix BMW Art Makers avec la commissaire Fanny Robin, elle a présenté ses œuvres cette année aux Rencontres d’Arles dans l’exposition Traversée du fragment manquant.
Catherine Poncin
Depuis des décennies, Catherine Poncin collecte des images vernaculaires, photographies anonymes ou familiales, qu’elle revisite avec une délicatesse toute personnelle. Elle y intervient subtilement, effaçant parfois des visages, fragmentant les corps, laissant apparaître la faille entre ce que l’image révèle et ce qu’elle tait. Son travail interroge la fragilité des souvenirs et la manière dont l’histoire individuelle s’écrit dans l’ombre des images. L’exposition accueille une œuvre en noir et blanc, où la silhouette d’une femme semble surprise dans un mouvement. Son visage échappe au cadre, le bas de sa jupe se perd hors champ. Imprimée sur une mousseline diaphane et suspendue devant la lumière d’une fenêtre, l’image devient apparition : la lumière la traverse, la fait vibrer, l’érode presque. On ne sait rien de cette femme – ni son nom, ni son histoire – et pourtant, sa présence évanescente nous touche, comme un souvenir dont il ne resterait que la sensation. Dans ce travail, Catherine Poncin poursuit sa réflexion sur la mémoire, la disparition et l’empreinte laissée par les êtres. Entre figuration et absence, elle crée des images aussi légères qu’opaques, où chacun peut projeter ses propres souvenirs. Catherine Poncin vit et travaille entre Montreuil et Tanger. Son œuvre, exposée en France et à l’international, se nourrit d’une recherche patiente et d’un regard profondément humain sur l’image et la mémoire.
Mathieu Roquigny
Au premier regard, on est intrigué. Dans un coin de l’espace, un tas de morceaux de plâtre hydrofuge, d’un bleu pâle surprenant, semble tout droit sorti d’un chantier. Puis on aperçoit des images collées sur ces fragments : un chien, des oiseaux en vol, une silhouette capturée à la volée. On s’approche, et peu à peu, l’œuvre se dévoile : entre humour discret et poésie, chaque morceau devient un fragment d’histoire, suspendu entre le dérisoire et le précieux. Le travail de Mathieu Roquigny se déploie à la frontière de la photographie et de la sculpture. Il assemble des débris de murs, d’isolants ou de plâtre, qu’il récupère sur des chantiers, et y appose des images glanées dans son quotidien ou sur Internet. Son geste est à la fois précis et instinctif, transformant ces matériaux ordinaires en objets sensibles et singuliers. Pour cette exposition, il compose un ensemble comme un paysage éclaté : un amas au sol, des pièces disposées à plat sur une étagère murale, et d’autres escaladant le mur. L’ensemble évoque une archéologie contemporaine où le spectateur est invité à fouiller du regard, à recomposer des récits, à sourire parfois face à l’ironie tendre qui affleure dans le choix des images. Dans cet art du fragment, tout devient surface, matière, mémoire. Mathieu Roquigny est né en 1985 au Havre. Diplômé de l’ENSAD (Paris), il vit et travaille en région parisienne. Son travail a été présenté à la biennale de l’Image tangible et au Salon Approche.
Laure Tiberghien
Le travail de Laure Tiberghien explore la photographie dans sa dimension la plus élémentaire : celle de la lumière, de la chimie et du temps. Sans recourir à l’appareil photo, elle compose ses images en laboratoire, façonnant des surfaces sensibles où la matière et la couleur deviennent le sujet même de l’œuvre. La série Affresco naît d’un désir : celui de retrouver, dans la photographie, le charme des fresques italiennes. Sur de grands formats, chaque pièce se déploie dans une dominante chromatique, où affleurent des traces, des nuances et des textures. Ces œuvres, entre peinture et photographie, évoquent des murs anciens, patinés par le temps, où l’histoire semble sédimentée dans la couleur. Pour Laure Tiberghien, chaque œuvre est une surface sensible, un lieu où le hasard de la chimie dialogue avec la précision du geste. Ses pièces sont uniques, issues d’une lente élaboration en chambre noire, où elle ajuste les rapports de tons, expérimente les bains chimiques et laisse parfois l’accident émerger. Laure Tiberghien est née en 1992 et vit à Paris. Elle expose régulièrement en France et à l’international, notamment au BAL, aux Rencontres d’Arles, au Centre Pompidou-Metz, à la BNF ou encore à Paris Photo.
Dune Varela
Les œuvres de Dune Varela captivent d’emblée par leur beauté lumineuse et leur précision. Dans la série Détruire, dit-elle – dont le titre résonne d’un écho durassien –, elle imprime sur des plaques de marbre de Carrare des fragments de sculpture ou d’architecture antiques. La surface est lisse comme une photographie, mais le marbre y ajoute ses veines, ses accidents, ses reflets froids. L’œil se perd dans ce dialogue entre l’image imprimée et la matière, sans jamais savoir si l’on regarde une représentation de pierre ou la pierre elle-même. Certaines pièces sont accrochées au mur, d’autres posées à même le sol, comme des vestiges oubliés. Ce geste crée un trouble subtil : ces fragments paraissent à la fois précieux et abandonnés, solides et fragiles, suspendus entre passé et présent. On pourrait rester des heures à contempler ces surfaces où le marbre et l’image fusionnent, tant elles dégagent une force magnétique et silencieuse. Dans ces fragments de marbre, Dune Varela questionne ce qu’il reste des formes, des civilisations et des souvenirs, lorsque ceux-ci deviennent traces ou ruines. Elle fait de la photographie un espace sculptural, et du marbre un support d’images sensibles, où passé et matière semblent respirer ensemble. Dune Varela est née en 1976 à Paris et vit à Montreuil. Son travail a été présenté aux Rencontres d’Arles, à Paris Photo, au musée Nicéphore Niépce, à la collection Lambert en Avignon et dans de nombreuses expositions en France et à l’international.





