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Images d’Algérie

Pierre Bourdieu

  • Exposition

26.11.2011 - 12.02.2012

  • Strasbourg

ENTRÉE LIBRE MERCREDI – DIMANCHE 14H – 18H30

DOSSIER DE PRESSE

Programmation
Jeudis gourmands

Exposition proposée par l’Université de Strasbourg et Stimultania dans le cadre du Festival Strasbourg-Méditerranée.

Exposition soutenue par la DRAC Grand Est, la Région Grand Est et la Ville de Strasbourg.

Quand Pierre Bourdieu part en Algérie en 1955, c’est pour y faire son service militaire. Mais de ce voyage découle un témoignage sur les réalités dissonantes d’un monde social en mutation, d’un pays perturbé et traversé de contradictions et d’anachronismes. C’est dans ce contexte que, muni d’un appareil 6×6 cm, Pierre Bourdieu enregistre et immortalise l’Algérie, la misère et les bidonvilles, le déracinement des paysans et les camps, mais aussi les femmes, les enfants et les villageois de Kabylie et de Collo. Images d’Algérie est une exposition réunissant 150 photographies en noir et blanc qui caractérisent une façon de regarder et de donner à voir. Si Pierre Bourdieu met la pratique photographique au service de sa réflexion sociologique, il ne joue pas moins sur la force des cadrages, l’attention particulière portée à ce pays ou sur le charme de scènes plus anecdotiques. Images d’Algérie, des clichés pris entre 1958 et 1961 qui documentent avec rigueur et engagement l’Algérie en période de guerre anticoloniale.

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Ni journalistiques ni artistiques. Les images, tout en s’inscrivant dans la tradition de la photographie humaniste engagée, s’appréhendent comme un matériel photographique. Elles accompagnent la démarche et les recherches sociologiques de Pierre Bourdieu et répondent en tout point à sa rigueur scientifique. Souhaitant fixer des souvenirs et débutant ses enquêtes de terrain, le sociologue dirige son regard vers un sujet précis ; il cible ses images et fige la situation tragique de l’Algérie d’alors. Il maîtrise toute l’image en établissant un protocole à suivre et, adoptant des plans larges, il délaisse les fragments spectaculaires pour débarrasser ses photographies de tout sentimentalisme. Son regard à la fois distant et empathique, sensible et calculé, se veut objectif. Pierre Bourdieu est un observateur.

Certaines scènes rappellent Doisneau et leur charme évoque parfois Izis. La lumière est blanche et brutale. Les angles de vue sont bas. Son appareil à deux objectifs au niveau de la poitrine, Pierre Bourdieu photographie sans être vu et capture ainsi des moments authentiques. Si ses images se découpent en cinq sections relevant de thématiques spécifiques, l’ensemble n’en reste pas moins tourné sur l’homme ; l’homme considéré et réhabilité. Le sociologue étudie et illustre les bouleversements qu’entraînent le déracinement et la guerre civile : paupérisation de la société, dépaysannisation et camps de regroupements. Il décrit le peuple algérien et ses conditions de vie, photographie l’exil urbain, des marchands à la sauvette et des chômeurs ; il brosse le portrait de la société rurale, des paysans au travail, des femmes qui puisent l’eau, le quotidien des familles et l’organisation interne des nouvelles collectivités et il cristallise les mutations sociales et morales.

Accompagnée de coupures de presse, de grands titres et d’images chocs, l’exposition recontextualise les faits et l’histoire de l’époque. Des intellectuels s’engagent. Écrivains et journalistes se positionnent et soutiennent le désir d’indépendance du peuple algérien au travers de textes édités par l’Express, France Observateur, Temps Modernes ou encore Le Monde. Le 6 mars 1958, le gouvernement fait saisir un numéro de l’Express : Jean-Paul Sartre y dénonce avec véhémence la politique colonialiste. Dans ses « Blocs-Notes », François Mauriac s’élève contre la torture. André Malraux adresse une lettre au Président de la République, René Coty, pour condamner l’usage de la violence en Algérie. Et Jules Roy s’insurge contre les méthodes de pacification. Autant de témoignages qui ont laissé des traces durables dans la mémoire collective et l’opinion publique.

Au travers de son travail de chercheur, Pierre Bourdieu, s’intéressant à l’ensemble du contexte et interrogeant les rapports de l’individu à son environnement, défend un discours engagé et militant à l’encontre de la politique colonialiste. Images d’Algérie est un travail documentariste où l’acte photographique reste pour le sociologue un véritable outil. En découlent des images spontanées, support de mémoire, qui l’ont aidé à construire et à organiser sa pensée et qui se donnent à voir comme une analyse très humaine d’une société en temps de guerre.

Barbara Hyvert


Pierre Bourdieu (1930-2002), directeur d’études à l’École des hautes études en sciences sociales et professeur au Collège de France, est l’un des sociologue les plus lus et commentés de son époque. Il a laissé une œuvre immense, dans laquelle l’élaboration conceptuelle d’une théorie générale du monde social s’articule à des enquêtes sur les sujets les plus variés, des usages de la photographie aux inégalités scolaires, du célibat à la production artistique. Sa pensée doit beaucoup à l’expérience algérienne du début des années 1960, au cours de laquelle ce philosophe de formation s’oriente vers l’enquête ethnographique. À cette occasion, il prend d’innombrables photographies. Ce sont ces clichés qui sont présentés dans cette exposition. On y voit à l’œuvre un regard scientifique non dénué de sens esthétique, ni bien sûr de portée critique. Car Pierre Bourdieu fut aussi un intellectuel engagé ; engagement qui est, comme son travail sociologique, profondément marqué par les années en Algérie.